Tu éviteras les erreurs communes
Les lecteurs de scénario vous le diront, ils retrouvent très souvent les mêmes problèmes dans les histoires. Voici les 10 erreurs les plus courantes dans mes fiches de lecture…
Tout ceci n’a pas une valeur statistique, mais je m’aperçois de la prédominance de ces erreurs, on pourrait en citer encore bien d’autres. Je ferai sans doute quelques lois là dessus en complément…
1) Ca commence quand, le film, papa ?
Votre histoire commence trop tard. Vous vous lancez dans une longue exposition préliminaire, on voit vivre vos héros, mais lorsque vous placez un élément déclencheur, on devrait déjà se retrouver à la fin du premier acte ou au milieu du film… Qu’est-ce qui est vraiment utile à l’histoire et au traitement du sujet et du thème ? Faites le deuil du reste ! Coupez, sabrez, apprenez l’art de l’ellipse pour ne garder que les moments symboliques évocateurs. Sinon, qu’est-ce qui peut être exposé plus tard, au moment judicieux ? Comment passer par la symbolique pour éviter de devoir montrer trop ?

2) Ici, tout va bien. Beau temps, mer calme.
Tout se déroule sans aucun problème pour votre héros. Les choses vont d’elles-même et tout arrive comme par magie, d’ailleurs la fin est peut-être un deus ex machina. Il est où le conflit ? Autre problème lié au conflit principal : aucun enjeu. Le personnage n’a pas vraiment de motivation à faire les choses, car il n’a rien à perdre… Il faut pourtant une épée de Damoclès au dessus de SA tête et qu’on y croit et qu’on se passionne pour le récit.
Attention, l’enjeu doit le concerner p-e-r-s-o-n-e-l-l-e-m-e-n-t ! (read my lips). Exemple : un archéologue se fait dérober le trésor qu’il venait de trouver. Il s’engage dans une enquête pour le récupérer : oui mais pourquoi ? La police est là pour cela ! Les assurances peuvent couvrir les dégâts ou la perte. Aucun enjeu « personnel ». En revanche, si les autorités l’accusent du vol, alors ça le concerne : seul contre tous, il doit enquêter par lui-même pour prouver son innocence.

3) J’ai un peu allongé la sauce…
On sent que vous avez cherché à faire d’un court métrage un long métrage. Il ne suffit pas de rajouter des séquences et de tirer à la ligne. Une histoire et ses sous-intrigues doivent être suffisamment denses pour tenir en haleine le spectateur et ne pas se mettre à le distraire avec des séquences pas directement rattachées au conflit et à l’histoire. L’adaptation est un vrai travail de re-scénarisation, c’est pourquoi les auteurs de romans s’estiment parfois « trahis » par le scénariste. C’est juste que ce n’est pas un boulot de moine copiste ou de caviardage de ce qui dépasse. Un vrai travail d’écriture, qu’on vous dit ! Il en va de même pour passer du court au long.

4) HEIN ? QUOI ?
On ne peut pas comprendre le fond de votre scénario sans explications. Problème : le spectateur ne vas pas au cinéma avec la note d’intention sur les genoux. Clarifiez dans votre tête ce que vous voulez nous dire, ce que le héros veut et sa logique interne qui nous apparaît nébuleuse et écrivez simplement des actions qui découlent de ça, qui traduisent au mieux ses sentiments. 90% des histoires occidentales sont écrites selon un principe de causalité évident (il arrive ceci et DONC le personnage est poussé à faire cela, MAIS … et DONC… et ALORS… et en PLUS…).
Et comme dirait Boileau : « Avant donc que d’écrire apprenez à penser… Selon que notre idée est plus ou moins obscure, l’expression la suit, ou moins nette ou plus pure. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. »

5) C’est l’histoire d’un dépressif suicidaire heureux.
Les personnages sont mal conçus… Le chapitre pourrait faire un livre entier sur la façon de mal concevoir un personnage. Les personnages sont souvent totalement illogiques, leur psychologie très superficielle ne leur donne aucune cohérence, le scénario et la conduite de l’action s’en ressentent…
Pour le réseau de personnages défaillant, souvent, l’erreur courante réside dans le fait qu’ils se ressemblent. Si les personnages sont d’accord sur tout ou s’ils incarnent la même façon de voir la vie (on pourrait dire « la même ligne thématique dans le récit »), c’est au détriment de la discussion sur le fond (le « procès des prédicats », ce que chacun prêche). Les personnages secondaires sont aussi parfois caricaturaux ou n’ont aucun intérêt réel dans l’histoire… Ils jouent « les utilités » comme on dit au théâtre. Et par conséquent, ça ne donne aucune saveur au récit, ni aucun relief au héros en miroir.

6) Biiiiiiiiiiip… Je crois qu’il est mort, docteur.
Il y aurait comme une (totale) absence de tension narrative, de crescendo, de climax, et autres problèmes de structure.
Comme par exemple la répétition : tiens j’ai déjà vu cette scène, ah oui, c’était juste avant ! Le personnage revit le même type d’action, on stagne, ça n’avance pas.
On n’est pas accroché à notre fauteuil parce que vous oubliez vos spectateurs : où est le mystère ? Le suspens ? La curiosité ? La surprise ? Donnez du rythme ! A quel problème le héros est-il confronté pour lequel nous, spectateurs, tantôt d’établir un pronostic ou comprendre la situation ?
Stimulez notre cerveau avant qu’on finisse tous en réanimation !

7) « A déjà-vu is usually a glitch in the Matrix. »
Vues et revues, vos séquences sont un pot-pourri de scènes piochées ça et là.
Les actions sont prévisibles tout le long et on sait comment les choses vont se terminer.
Les dialogues enfilent des poncifs et des réparties éculées (- Toi-même !).
Généralement, le lecteur de votre scénario commence à se défouler dans les marges où il écrit des « je le savais ! » ; « oh la vache la surprise » ; « sans blague ? » ; « OMG ! ». Ou bien le scénario lui tombe des mains et il passe à la corbeille.

8) « MaaaaAAaaaAAaa viiiiiiiie » (Alain Barrière, chanteur)
L’auteur a voulu raconter sa vie. Sans aucun recul. Si possible avec tout le pathos imaginable et les détails les plus sordides. Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir… Et/ou dans un egotrip d’enfer, on a le droit à des soliloques en voix off sensés nous éclairer sur le trouble intérieur du personnage ou nous donner une leçon de vie.
Un an ou deux sur le canapé d’un bon psy devraient remédier à votre vocation de (mauvais) scénariste !
Ecrire sur sa vie peut être une source d’histoires formidables et forcément très personnelles puisque vous y développez VOTRE singularité et VOTRE point de vue sur le monde. Mais encore faut-il prendre un peu d’altitude et ne pas vouloir nous la raconter par le menu. Commencez par isoler les thèmes importants pour mieux les travailler en profondeur et éliminer tout ce qui est hors sujet… S’il y a tant à raconter dans votre vie, alors vous aurez de quoi écrire de nombreux scénarios (ou pas).

9) Soudain, l’arbre saute par dessus la voiture…
Vous faites appel à un univers surnaturel ou extra-terrestre qui n’a pas les mêmes règles que le nôtre. Soit.
Mais, comme vous n’avez pas démontré et défini les règles, la cohérence s’en ressent, et vous usez souvent de facilités (bon on dirait que là il peut tuer du regard, hop voilà, c’est réglé)… Si le héros est magicien et qu’il peut tout résoudre et tout se permettre : où est le conflit ? Pourquoi n’utilise-t-il pas ses supers-pouvoirs dès le départ ou au pire de ce qui lui arrive ? Chaque héros doit avoir son talon d’Achille (on en revient toujours à la mythologie, hein ?) ou sa kryptonite…
Et puis chaque monde comporte des interdits et des conséquences à enfreindre les lois physiques ou sociales. Des règles qui nous le rendent cohérent et passionnant, parce que conflictuel et mystérieux. Mais, faites que cela nous paraisse cohérent, vraisemblable dans le contexte, acceptable par le spectateur.

10) Euh… Donc il n’y a pas de fin, quoi…
Vous ne répondez pas à la question dramatique de votre récit. En gros, si tout le récit était installé autour de la question « mais bon sang de bois, QUI est le meurtrier ? », vous n’apporteriez pas la réponse… Dans le genre policier c’est évident, mais dans des films plus psychologiques, c’est parfois courant de ne pas oser finir ou de poser une fin qui apparaisse comme un accomplissement. Le spectateur a tendance à dire « ça finit en queue de poisson… » façon de dire que c’est expédié ou que ça nous laisse là, sans plus d’explication ou de perspective.
Vous ne répondez pas à la question thématique de votre récit. En gros, si la question était « La lutte des classes a-t-elle encore un sens au XXIème siècle ? », on s’attend à ce que vous nous suggériez votre point de vue, ou que vous apportiez assez d’éléments pour que l’on puisse se faire une idée en tant que spectateur.
Ne pas donner de vraie fin, ça peut se concevoir dans certains films, mais vous êtes sur la corde raide. Si nous n’avons pas le paiement de tout ce que vous avez installé, nous nous sentons floués. Il faut que ce soit pour une rudement bonne raison et que vous arriviez à nous retourner avec ça pour que la promesse paraisse tenue tout en ne l’étant pas.
Bien souvent, parce que vous avez laissé tomber votre histoire et votre sujet de départ en cours de route, vous vous êtes perdus. Vous avez sauté sur un autre cheval qui vous paraissait plus sûr d’arriver au bout. Fausse bonne idée…Vous répondez à autre chose que le sujet en lui-même.
